Haïti : l’environnement sacrifié sur l’autel des luttes politiques



Port-au-Prince, octobre 2025 — Par Daina Moreau


Alors que le pays s’enfonce dans une crise politique et sécuritaire sans précédent, la question environnementale est reléguée au dernier plan. Déforestation accélérée, érosion des sols, pollution urbaine et disparition des ressources naturelles : autant de défis ignorés par un État fragmenté et impuissant face à l’urgence écologique.

Un ministère sans moyens ni vision

Créé pour piloter la politique environnementale nationale, le ministère de l’Environnement est aujourd’hui affaibli, politisé et sous-financé. Ses rares interventions se limitent souvent à des campagnes symboliques de reboisement, sans suivi réel ni impact durable.
« Le ministère ne dispose même pas des moyens logistiques pour intervenir sur le terrain », confie un ancien cadre, dénonçant l’absence de stratégie nationale cohérente pour la protection des écosystèmes.

Des conséquences visibles sur tout le territoire

Dans les plaines et les montagnes, la déforestation progresse à un rythme alarmant. Les arbres disparaissent sous la pression du charbon de bois, principale source d’énergie domestique pour la majorité des foyers.
Cette exploitation anarchique aggrave l’érosion, les glissements de terrain et les inondations meurtrières observées chaque année, notamment dans le Sud et l’Artibonite.
Les zones côtières, elles, sont menacées par la montée des eaux et la pollution plastique, conséquence directe de l’absence de gestion des déchets.

Une capitale étouffée par les ordures

À Port-au-Prince, la crise environnementale se manifeste de façon spectaculaire.
Les monceaux d’ordures qui s’accumulent dans les rues témoignent de la désorganisation municipale et du désengagement de l’État. Entre les affrontements armés, le manque de camions de collecte et la fuite du personnel communal, la capitale suffoque sous les déchets, transformant les quartiers populaires en foyers de maladies.

Une urgence ignorée par les décideurs

Malgré l’ampleur de la situation, les questions environnementales sont quasi absentes du débat public. Les luttes de pouvoir, les alliances politiques et les crises institutionnelles monopolisent l’attention des dirigeants, laissant peu de place à la planification écologique.
« Tant que la politique primera sur la survie de la population, l’environnement restera un dossier oublié », déplore une militante écologiste de Pétion-Ville.

Des citoyens qui refusent d’abandonner

Face à l’inaction de l’État, des initiatives locales émergent : associations de jeunes, projets de recyclage, programmes communautaires de reboisement. Ces efforts, bien que modestes, démontrent que la conscience environnementale grandit au sein de la population, même sans soutien officiel.
Mais sans une politique nationale claire et des moyens concrets, ces actions resteront limitées.



Conclusion
Haïti se trouve à un tournant décisif : si rien n’est fait pour intégrer la protection de l’environnement aux priorités nationales, les conséquences seront irréversibles.
Entre les luttes politiques et les urgences sociales, la nature paie aujourd’hui le prix du chaos.

 

Daina Moreau, journaliste 

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