Port-au-Prince : la capitale étouffe sous les ordures



Par Daina Moreau 

Port-au-Prince,13 octobre 2025

 Alors que la capitale haïtienne reste secouée par les affrontements entre la police et les groupes armés, un autre fléau s’impose chaque jour un peu plus : l’accumulation massive des ordures dans les rues.
Selon un rapport récent des Nations Unies, plus d’un million de personnes ont été déplacées à cause des violences. Ce déplacement forcé, combiné à l’affaiblissement des autorités locales, a plongé la ville dans une crise sanitaire et environnementale sans précédent.

Des montagnes de déchets dans tous les quartiers

De Delmas à Carrefour, en passant par Martissant et le centre-ville, les tas d’immondices se multiplient. Les rues autrefois fréquentées sont devenues des dépotoirs à ciel ouvert. Le ramassage des ordures, autrefois assuré par la mairie de Port-au-Prince et quelques entreprises privées, est aujourd’hui quasiment inexistant.

« Les camions ne passent plus. Même les employés de la mairie ont peur de venir travailler à cause des affrontements », confie un habitant de Carrefour-Feuilles, masque au visage pour se protéger des odeurs pestilentielles.

Les conséquences se font sentir : prolifération de rats, de moustiques, maladies respiratoires et risque d’épidémies. Les marchés publics, comme ceux de Croix-des-Bossales et Salomon, sont devenus des points critiques de contamination.

Une mairie paralysée et sans moyens

Depuis plus d’un an, la mairie de Port-au-Prince fonctionne au ralenti. Entre l’insécurité, le manque de matériel, la rareté du carburant et l’absence de coordination nationale, les services de nettoyage sont pratiquement à l’arrêt.

« Nous n’avons plus les moyens logistiques pour faire face à la situation. Nos camions sont bloqués ou détruits, et beaucoup de nos agents ont quitté la ville », admet un responsable municipal sous couvert d’anonymat.

Les rares opérations de nettoyage sont souvent le fruit d’initiatives citoyennes ou d’ONG locales, comme celles de jeunes bénévoles qui ramassent les déchets dans certains quartiers pour éviter la propagation des maladies.

Quelles solutions possibles pour mieux gérer les ordures ?

Malgré le chaos, des solutions existent pour amorcer un changement durable :
    1.    Mettre en place un système communautaire de tri et de collecte locale — des groupes de citoyens pourraient organiser des points de dépôt sécurisés, à proximité des quartiers stables.
    2.    Encourager le recyclage artisanal — plusieurs jeunes entrepreneurs transforment déjà les plastiques en pavés, briques ou objets d’artisanat.
    3.    Créer des partenariats public-privé entre la mairie, les petites entreprises locales et les ONG pour relancer la collecte.
    4.    Utiliser la technologie : une application ou un site communautaire pourrait permettre de signaler les zones critiques et coordonner les interventions.
    5.    Former la population à la gestion des déchets ménagers par des campagnes d’éducation environnementale dans les écoles et les médias.

Un enjeu sanitaire et symbolique

Au-delà de la saleté, cette crise des ordures est le symbole d’un État affaibli, où les institutions peinent à assurer les services de base. Tant que l’insécurité bloquera les mouvements et les activités municipales, la situation risque de s’aggraver.

Pourtant, dans plusieurs quartiers, la solidarité locale résiste. Des groupes de jeunes et des associations communautaires s’organisent pour nettoyer les rues et sensibiliser les habitants. Ces actions, bien que limitées, montrent que la reconstruction du pays devra aussi passer par la mobilisation citoyenne et une nouvelle vision de la gestion urbaine.

« Tant que la mairie ne pourra pas faire son travail, c’est à nous, les citoyens, de protéger notre environnement », déclare une jeune volontaire à Delmas 32, pelle à la main.

 Daina Moureau, Journaliste 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La plaine de Torbeck face à une crise environnementale majeure

Responsabilité des médias face à la détérioration de l’environnement en Haïti

🌿 Le ministère de l’Environnement en Haïti : plutôt politique qu’environnemental